Un musée a le droit d’accueillir l’oeuvre d’une artiste Palestinienne, pétition soutien jeu de Paume

Bonjour, Je vous transmet cette pétition, si vous ne l’avez pas reçu.
Ce n’est même plus pour défendre le droit du peuple Palestinien que je vous demande de signer , c’est pour défendre le droit à la libre expression, ici, en France de plus en plus malmené!
Et si vous le pouvez, allez voir l’exposition, ça vaut le coup!

Alertes à la bombe, menaces de mort, nervis essayant de pénétrer de force dans le musée, pourquoi une telle complaisance de nos dirigeants face à ces actes terroristes parce qu’un musée accueille l’oeuvre d’une artiste palestinienne internationalement reconnue ? Le Monde, la revue Paris-Art, l’Humanité, Médiapart, s’indignent à juste titre. La ministre de la culture, Aurélie Philipetti ne semble pas comprendre la gravité de ces méthodes.

Objet : Pétition Soutien Jeu de Paume

Nous, artistes, intellectuels, acteurs de la culture et de la création, citoyennes et citoyens, nous mobilisons pour mettre en échec les tentatives répétées de tous ceux qui veulent s’ériger en censeurs et imposer la fermeture de l’exposition « Foyer Fantôme », rétrospective de l’artiste palestinienne Ahlam Shibli au Jeu de Paume.

Nous demandons au gouvernement de prendre ses responsabilités :

1/ en assurant la protection des personnes et des œuvres, victimes de menaces répétées et d’une alerte à la bombe ;

2/ en réaffirmant la garantie, dans ce pays, d’une libre expression artistique et de tout débat, grâce aux dialogues et aux échanges d’expériences ;

3/ en soutenant sans aucune restriction la démarche artistique du Jeu de Paume et sa programmation.

Vous pouvez la signer en suivant ce lien : (copier si ça ne marche pas en cliquant)

https://www.change.org/fr/p%C3%A9titions/soutenez-le-jeu-de-paume-support-jeu-de-paume?utm_campaign=mailto_link&utm_medium=email&utm_source=share_petition

compter.php?f=98884&c=scenes&t=Ahlam%20Shibli%20%3A%20l%27exposition%20pol%E9mique%20qui%20agite%20Paris&r=Arts%20et%20sc%E8nes&u=%2Fscenes%2Fahlam-sibli-l-exposition-polemique-qui-agite-paris%2C98884.php

Ahlam Shibli : l’exposition polémique qui agite Paris (Télérama)

Arts et scènes | La Palestinienne Ahlam Shibli photographie son pays pour témoigner des traumatismes de son peuple. Une démarche qui n’est pas acceptée par tout le monde.

Le 22/06/2013 à 12h00 – Mis à jour le 24/06/2013 à 10h44

Frédérique Chapuis – Télérama n° 3309

Sans titre (Death n° 33) Palestine, 2011-2012 © Ahlam...

Sans titre (Death n° 33) Palestine, 2011-2012 © Ahlam Shibli

Depuis l’ouverture de l’exposition « Foyer fantôme » consacrée à l’artiste palestinienne Ahlam Shibli, l’équipe du musée du Jeu de Paume est harcelée, menacée, et obligée d’évacuer son public à la suite d’alertes à la bombe… Des organisations extrémistes accusent l’artiste et l’institution de faire l’apologie du terrorisme. Même le ministère de la Culture et de la Communication cède aux pressions en exigeant du Jeu de Paume qu’il clarifie le propos de l’artiste et distingue la proposition d’Ahlam Shibli de ce qu’exprime l’institution…

Principale accusée, la série Death, pour laquelle Ahlam Shibli s’est rendue à Naplouse et dans les camps de réfugiés des alentours, afin d’enquêter sur le culte des martyrs de la seconde intifada (2000- 2005). Un travail artistique montrant l’ominiprésence des défunts dans le quotidien palestinien.

Sans titre, (Death n°3), Palestine, 2011-2012 - © A

Sans titre, (Death n°3), Palestine, 2011-2012 – © Ahlam Shibli

Ces images ne peuvent en aucun cas être une apologie du terrorisme : elles pourraient tout aussi bien être vues comme une critique du culte du martyr, avec sa profusion de clichés d’hommes en armes, paradant dans les foyers au milieu des enfants et des grand-mères, ou sur les murs de la ville. Les images d’Ahlam Shibli ne portent aucun jugement, attestant simplement d’une réalité. La photographe prouve (et c’est son rôle d’artiste) que toute image possède une dimension anthropologique et historique dont il faut tenir compte. Retour sur un parcours et une démarche artistique remarquable.

L’enfance de l’art

C’est à côté de Jenine, dans un village de Galilée, qu’est née Ahlam Shibli, en 1970. La maison familiale est remplie de livres mais aussi de onze enfants, dont neuf filles. Ahlam est l’avant-dernière de la fratrie. Elle se souvient du jour où son frère, étudiant en ville, revint un week-end avec un appareil photo : « Dès lors, trois de mes soeurs et moi nous avons pris l’habitude de nous déguiser puis de prendre la pose. Ma mère autorisait que l’on emprunte ses vêtements ou le beau chapeau de mon père. Et nous avions exceptionnellement le droit d’aller dans son jardin pour les prises de vue. C’est en découvrant le résultat sur les tirages papier, que mon frère nous rapportait des semaines plus tard, que j’ai compris ce que signifiait une narration et la mise en scène de ses propres histoires. Ma vocation d’artiste est probablement née là. » En attendant, Ahlam rêve d’être électricienne. Son père refuse. Aspirant à aider la communauté palestinienne, elle devient conseillère d’éducation, monte un projet pour les enfants défavorisés où elle utilise l’art thérapie, et finit par reprendre des études de cinéma et de photographie. Pour être bien certaine d’avoir trouvé sa voie, elle s’exerce beaucoup, réfléchit longuement à l’acte photographique. Elle avoue qu’elle n’a pas eu confiance en elle jusqu’en 1996, année où, le travail et la maturité aidant, elle découvre enfin ce qu’elle a à dire et comment le montrer.

Trackers no. 57, Lakhish Army Base, Beit Gubrin, Israel/Pale

Trackers no. 57, Lakhish Army Base, Beit Gubrin, Israel/Palestine, 2005 / © Ahlam Shibli

Son père, qui a fermement encouragé l’épanouissement de tous ses enfants, sera le premier à découvrir les neuf carnets de Wadi al-Salib (« Vallée de la croix »). Un travail photographique où sont reconstituées des scènes quotidiennes dans les maisons en ruine d’un quartier d’Haïfa, abandonné depuis l’expulsion des familles palestiniennes par les Israéliens en 1948. Cette série d’images annonce les questions du chez-soi, du traumatisme de l’expulsion et de la discrimination qui traversent l’oeuvre d’Ahlam Shibli. Une oeuvre résumée dans « Phantom Home » (« Foyer fantôme »), l’exposition qui lui est consacrée pour la première fois en France.

Ni empathie ni désespoir

Parmi les six séries d’images proposées, « Trackers » (2005) et « Death » (2012) ont pour sujet la condition du peuple palestinien ; « Dom Dziecka : la maison meurt de faim quand tu n’es pas là » (2008) s’attache aux orphelinats polonais ; et « Eastern LGBT » (2006) pose la question de la non-reconnaissance et de l’exil des gays, travestis et transexuels orientaux. Quant à la série « Trauma » (2009), réalisée en Corrèze lors de cérémonies de commémoration, elle montre qu’une victime du nazisme a pu, selon le cours de l’histoire, devenir à son tour un bourreau pendant les guerres coloniales d’Indochine et d’Algérie. « Ces images, précise Ahlam Shibli, posent la question de l’utilisation qui est faite du souvenir. Pour la Palestine, on recycle toujours les mêmes clichés de gens qui fuient ou des scènes de massacre. A tel point que les mots "martyr" et "palestinien " sont devenus synonymes. » Sa série la plus récente, « Death », comprend soixante-huit photos montrant, jusqu’à la nausée, la glorification des martyrs sur les affiches placardées dans les rues, sur les images qui envahissent les tombes et les murs des maisons ; qu’ils aient été tués par l’armée israélienne ou qu’ils aient donné la mort lors d’une opération suicide. La photographe dévoile l’intimité touchante des familles et le message politique, le portrait d’un individu et les symboles religieux. Mais la question que pose Ahlam Shibli est immuable : la représentation de la cause palestinienne est-elle possible ou, au contraire, irrémédiablement vouée à l’échec ? Pour autant, elle ne cède ni à l’empathie ni au désespoir, accompagnant ses images de légendes précises et factuelles.

Sans titre (Trauma n° 4) Corrèze, France, 2008-20

Sans titre (Trauma n° 4) Corrèze, France, 2008-2009 © Ahlam Shibli

Au côté de ces résistants palestiniens qui risquent l’expulsion ou voient leur maison détruite par les bulldozers israéliens, l’artiste évoque aussi le statut des « trackers », nomades d’origine bédouine, dont certains se sont mis au service de l’armée israélienne afin d’acquérir un bout de terre… subtilisé à d’autres Palestiniens. Là encore, elle ne porte aucun jugement. Sur l’une des photographies de la série « Trackers », on voit un homme en tenue militaire, les oreilles préservées du bruit par des bouchons, le regard perdu au loin. Il s’appuie sur une tige en fer plantée dans la terre et rongée par la rouille qui ne peut plus soutenir grand-chose. Au premier abord, la scène est anodine, mais à la regarder de près, cette image, sans prétention esthétique, se révèle tragique ; dans ce paysage de désolation, la solitude de cet homme est palpable.

« Quelque chose d’irreprésentable »

« Je n’ai pas envie de jouer la médiatrice, de dire "voilà ce qu’il faut regarder", affirme Ahlam Shibli. Il y a quelque chose d’irreprésentable dans la cause palestinienne comme dans la condition de l’enfant orphelin, que je cherche néanmoins à montrer, tout du moins à suggérer. C’est l’un des challenges de la photographie. » Au fond, qu’est-ce qui nous regarde avec insistance dans l’histoire de cet « autre », pour reprendre la formule du philosophe Georges Didi-Huberman ? A la question de l’altérité, donc, elle ne répond pas en sociologue mais veille toutefois à préserver une distance discrète. Les longues recherches documentaires menées pour chacun de ses sujets lui permettent sans doute de se défaire de la trop forte charge émotionnelle pour ne se concentrer que sur l’espace de son cadre photographique ; un chez-soi où elle est libre et son seul maître. D’ailleurs, à la question « Croyez-vous en Dieu ? », la jeune Palestinienne répond en riant et avec dérision : « Absolument pas ! Comment la croyance peut-elle s’appuyer sur le châtiment ? Dieu c’est moi ! »

NE CÉDONS PAS
Le vendredi 14 juin, le Jeu de Paume a été contraint de fermer brutalement ses portes pour des raisons de sécurité. Une alerte à la bombe, précédée de menaces qui continuent encore aujourd’hui de s’exercer contre sa directrice ainsi que contre son équipe, est à l’origine de cette soudaine et stupéfiante décision. De quoi s’agit-il ? On peine à croire au motif de cette décision qui révèle une terrible confusion entre la terreur et la censure, confusion perversement produite et cultivée par des extrémistes qui se livrent de plus en plus régulièrement à un sophisme dévastateur : ils menacent, cherchant à inspirer la crainte au cœur de la société civile. Incriminant tout geste créatif de leurs adversaires devenus à leurs yeux suppôts du terrorisme, ils entravent tout accès à une œuvre et tout débat. Dès lors comment débattre d’une œuvre soustraite aux regards et à la pensée ?Voici les faits : L’artiste palestinienne Ahlam Shibli expose actuellement sous le titre « Foyer Fantôme » un vaste ensemble de photographies qu’elle a pris soin d’accompagner de textes clairs qui informent le spectateur des circonstances, des lieux dans lesquels les personnes, le plus souvent nommées, acquièrent leur visibilité. Plusieurs sections rythment cette exposition. L’une concerne les Bédouins palestiniens engagés volontaires dans l’armée israélienne, une autre les gays, lesbiennes, bi et transsexuels d’origine pakistanaise, libanaise, turque, palestinienne et somalienne, une autre nous conduit dans un orphelinat de Pologne, une autre encore en Corrèze dans les lieux de la résistance au nazisme qui abritent aussi la mémoire des guerres coloniales. Enfin vient le corps du délit qui déchaîne la violence de qui exige la censure, la section intitulée « Death » qui témoigne de tous les gestes de résistance et de construction d’une mémoire collective dans la ville de Naplouse, en Palestine. Oui, Ahlam Shibli photographie les murs de la ville et les cloisons de l’espace domestique où, par-delà ces murs qui les isolent, le visage des morts, victimes volontaires ou non, sont là pour dire la présence parmi les vivants de la souffrance, du deuil et de la poursuite du combat. Dans toutes ses parties, l’exposition montre sans emphase ni complaisance les différents chemins que prend la mémoire pour donner aux vivants et aux survivants l’abri d’un « foyer », d’une appartenance fragile et menacée. Résister à l’oubli du passé pour résister aux épreuves du présent. À quel espace imaginaire appartiennent-ils ? Espace complexe où le réel est traversé par les fantômes ; espace dont Ahlam Shibli respecte les contradictions. Cette exposition est subtile, elle parle de la violence sans la moindre violence, elle évoque les désordres en ne donnant aucun ordre, elle propose un regard sans chercher la complicité d’un autre regard. L’art donne visage et voix à ceux qui en sont privés, l’image donne une patrie à ceux qui n’en ont pas. Hospitalité d’une visibilité impalpable mais qui produit espoir et courage.Il s’agit d’une œuvre, c’est-à-dire d’un geste d’art dont l’énergie émotionnelle doit sa force politique non à quelque message idéologique mais à la liberté qui nous est offerte. Voilà ce que ne supportent pas les idéologues fanatiques qui ne peuvent penser aux Palestiniens qu’en termes d’invisibilité et d’effacement.Ils harcèlent, menacent et réclament la censure de l’exposition, sa fermeture pure et simple au motif des variations regrettables des interprétations. En un mot, un geste d’art devrait être une injonction à aimer et à haïr sur ordre d’un pouvoir imposé par la force. Cela trace le chemin bien connu de toutes les dictatures Ce n’est pas au Jeu de Paume ni à sa directrice qu’il revient d’assurer protection et liberté aux artistes, à leurs œuvres et aux visiteurs qu’ils accueillent. C’est à celles et ceux qui disposent des forces de l’ordre et qui ont la charge des créations de l’art et de la culture de prendre position fermement et d’agir en faveur du respect inconditionnel que toute démocratie digne de ce nom doit à la liberté de création et d’expression. Faute de quoi les bénéfices escomptésdu maintien de l’exception culturelle ne sont plus que rodomontades et fausse rhétorique dans un paysage européen où toutes les libertés sont menacées. Conjurons et combattons le fantôme de la dictature pour que les exigences qui nous habitent fassent de nous, résolument et contre tout, une communauté humaine qui ne cédera à aucune pression, ni frilosité opportuniste. Nous, citoyennes et citoyens, attendons donc impérativement des institutions le soutien et la protection inconditionnels que mérite toute création, et cela en dépit des menaces de ceux qui veulent obtenir la censure, contrôler la liberté des artistes en visant celles et ceux qui les accompagnent et les soutiennent. Aujourd’hui, de façon irrecevable et contradictoire, le ministère emploie la formule suivante : « Cette neutralité revendiquée, peut en elle-même choquer et donner lieu à de mauvaises interprétations. » Voilà qui serait comique en toute autre circonstance… Ainsi l’art devrait-il sortir de sa « neutralité » pour indiquer clairement l’univocité de sens d’une image? Le Ministère de la Communication semble oublier que la Culture et l’Art, qui sont par excellence et par définition le champ de l’indétermination et de la liberté,relèvent aussi de sa charge. L’art doit rester une fête de l’esprit ouverte à toutes les interrogations et susceptible de partager l’énergie et le courage de ceux qui savent, mieux que tout autre, les risques que l’on prend au cœur de cette « neutralité ». Là se situe l’enjeu de notre appel : c’est un enjeu d’humanité et de vérité.NE CÉDONS PAS !!!

Marie-Josée Mondzain, philosophe, écrivain et directrice de recherche au CNRS

Danièle Touati
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