Une star du football en Palestine gravement malade après 4 semaines de grève de la faim

Mahmoud Sarsak, natif de Gaza, est un membre de l’équipe nationale Palestinienne de football. Pourtant, en ce moment, ce ne sont pas ses prouesses sur le terrain qui viennent en premier à l’esprit des palestiniens.

Ce jeune homme de 25 ans est hospitalisé car gravement malade dans un hôpital à Ramle, une ville d’Israël, après avoir été en grève de la faim pendant quatre semaines. C’est l’un des nombreux prisonniers à s’être privé de nourriture pour exiger liberté et justice.

Sarsak est emprisonné depuis trois ans maintenant. Bien qu’il n’ait jamais été jugé pour une infraction reconnaissable, la détention de Sarsak a été continuellement reconduite tous les six mois. Les services de renseignement intérieur d’Israel, la Shabak, (aussi connu sous le nom de Shinbet) ont affirmé que Sarsak est emprisonné en vertu de la loi des « combattants illégaux ».

« A ma connaissance, Mahmoud est le seul prisonnier palestinien incarcéré par cette loi. » a déclaré l’avocat de Sarsak, Muhammad Jabareen. La loi des « combattants illégaux » est la copie israélienne de la loi américaine introduite pour les membres suspectés d’appartenance à Al Qaeda, emprisonnés par les Etats-Unis  à Guantanamo juste après s’en être allé en guerre en Afghanistan.

Jabareen explique qu’Israël a appliqué la loi des « combattant illégaux » après sa décision de retirer ses colonies de Gaza en 2005. « Chaque fois que nous demandons au Shabak quelles charges sont retenues contre Mahmoud, ils affirment qu’il est en relation avec une organisation terroriste et que Mahmoud représente une menace sérieuse pour la sécurité de l’Etat d’Israël » dit Jabareen.

Aucune réponse de la part d’Israël

La maison familiale des Sarsaf est située dans une ruelle à Rafah, près de la frontière de Gaza avec l’Egypte. Ses parents, frères et sœurs, n’ont pas été autorisés à lui rendre visite en prison. « Jamais ma famille n’imaginerait que Mahmoud serait emprisonné par Israël » dit son grand frère aîné Imad. « Pourquoi, vraiment pourquoi ? C’est une question à laquelle les israéliens n’ont jusqu’à présent jamais répondu clairement, même pas à l’avocat de Mahmoud.  Mon frère était inscrit à l’université pour étudier les Technologies de l’Information. Quand Mahmoud fut emprisonné, il avait  seulement 22 ans et était très passionné par le sport. »

En juillet 2009, des soldats israéliens ont arrêté Mahmoud Sarsak au Checkpoint d’Erez, au nord de la Bande de Gaza, pendant qu’il était en route pour rejoindre l’équipe nationale palestinienne de football en Cisjordanie. L’itinéraire de Mahmoud était coordonné par le Ministère des Affaires Civiles de l’Autorité Palestinienne et Israël lui avait délivré un permis pour passer par Erez.  Mais cela n’a pas empêché les soldats de l’arrêter. Il est détenu dans le Désert du Naqab (Négev).

« Mahmoud est fan de football depuis qu’il est tout petit, » affirme Emad. « A l’âge de 14 ans Mahmoud avait rejoint les équipes locales ici à Rafah. A 17 ans Mahmoud a participé à un tournoi en Norvège, puis il s’est rendu en Irak pour prendre part à la sélection nationale palestinienne des adolescents.

L’année dernière, des dizaines de clubs ont envoyé une lettre à Michel Platini le président de l’UEFA exprimant leur consternation devant la décision d’organiser l’édition 2013 de l’Euro des moins de 21 ans en Israël, en citant la détention arbitraire de Sarsak comme l’un des nombreux abus qu’Israël porte contre la communauté sportive palestinienne.

Cher fils

Umm Abelazziz, la mère âgée de Mahmoud, le décrit comme son plus jeune fils et le plus cher à son cœur. Elle a cinq garçons et cinq filles. « Que Dieu me permette de voir Mahmoud devant moi, avant que quelque chose m’arrive ou que je décède. » dit-elle. «Quand j’ai entendu  qu’il avait commencé une grève de la faim, j’ai été en proie à de l’hypertension. Je suis très inquiète pour lui. Que se passe-t-il ? J’aurais préféré qu’il se soit abstenu d’entrer en grève de la faim. J’aurais préféré qu’il reste tenace, plutôt que faire cette grève de la faim. »

« Chaque fois que je vais au marché local, je me rappelle où Mahmoud avait l’habitude de se tenir et les produits d’épicerie qu’il achetait. En outre, à chaque fois que nous préparons un plat qu’il aimait, je commence à pleurer. »

Kamel Sarsak, le père de Mahmoud, vend des fruits à Rafah depuis de nombreuses années, mais il est tombé malade récemment. «Je ne peux toujours pas comprendre pourquoi mon fils Mahmoud est emprisonné. Quand il a été arrêté et que j’en ai été informé, il y a trois ans, j’ai eu une crise cardiaque »

Mahmoud Abu Ahmad, un ami de Mahmoud Sarsak se souvient : «Le jour où Mahmoud  a été arrêté, il avait emprunté mes chaussures de sport. Nous nous étions beaucoup entrainés ensemble. Une fois,  j’ai eu une bagarre avec des jeunes du quartier, alors j’ai appelé Mahmoud et quand il est venu, la dispute a été désamorcée sans heurts. Il était d’un tel naturel agréable, le genre de personne que l’on rencontre rarement. »

Selon le Ministère des Affaires des Prisonniers de l’Autorité Palestinienne, il y a actuellement 4700 Palestiniens, hommes, femmes et enfants détenus dans les prisons israéliennes.

Le 17 Avril, plus de 1.000 prisonniers palestiniens se sont déclarés en grève de la faim à durée indéfinie. Près de 2.000 se sont joints à eux pour un jour de jeûne solidaire, pour protester contre l’isolement carcéral, l’insuffisance des soins médicaux et l’interdiction des visites familiales.

  • Rami Almeghari est un journaliste et maitre de conférences, dans la Bande de gaza.
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